2016 III Pódium: Ciencia, Tecnología, Innovación

2016 Amérique latine, science, développement et coopération, J.-C. Bolay

| III PODIUM PuntoLatino | Ciencia, Tecnología, Innovación: Suiza-América Latina |

Amérique latine, science, développement et coopération

— Prof. Jean-Claude Bolay, Directeur CODEV / EPFL - Moderateur du III Pódium PuntoLatino «Ciencia, Tecnología e Innovación: Suiza-América Latina»

De très longue date, les universités et les centres de recherche suisses ont établi des relations de travail avec des partenaires scientifiques en Amérique latine. Sans avoir un regard nostalgique sur le passé et, au contraire, viser le futur de ces collaborations en recherche comme en formation supérieure, il est intéressant de s’interroger sur les fondements de cette dynamique de coopération scientifique, d’en observer l’évolution, afin de relever ce qui pourra la renforcer à l’avenir.

Faut-il le rappeler des universités existent en Amérique latine depuis l’ère coloniale, cela fait donc dans certains pays du continent près de 5 siècles que la connaissance, dans sa création comme dans sa diffusion, a été mise en valeur dans un cadre qui, s’il a profondément changé au cours des siècles, reste néanmoins ancré dans une tradition de savoir, de culture, et d’enrichissement social et économique, grâce à de nouvelles connaissances et grâce à leurs transformations en nouveaux savoir-faire, en nouvelles technologies, en nouveaux produits.

La Suisse universitaire est certainement aujourd’hui bien placée pour développer et favoriser le développement de ces collaborations.
A partir des années 1960, plusieurs pays du continent latino-américain ont été la cible de projets de coopération au développement, c’était par exemple le cas au Pérou, c’est encore le cas de la Bolivie. En parallèle à ces initiatives, plusieurs pays durant ces mêmes 50 ans ont vu leurs capacités industrielles et commerciales exploser pour apparaître comme des puissances émergentes au plan mondial. C’est bien évidemment le cas du Brésil, mais aussi du Mexique, de l’Argentine ou du Chili. Et d’autres pays suivent et voient leur taux de croissance économique augmenter très rapidement, Comme on le voit au Pérou et en Colombie. De nombreuses entreprises suisses, à caractère international ou de plus petite taille, ont également participé à cette transformation économique de l’Amérique latine. Et font partie aujourd’hui des investisseurs productifs qui animent ces pays.

Dans ce climat de confiance, les relations académiques avaient un terreau propice à leur extension.

Et deux défis sont apparus clairement. Ce fut dans un premier temps celui de la nécessité de parfaire la formation universitaire de haut niveau des chercheurs latino-américains. Grâce à des systèmes de bourse, nombre d’entre eux se sont expatriés pour faire leur doctorat à l’étranger, ces opportunités étant absentes ou rares dans leur pays d’origine. Si les Etats-Unis ont été le principal pays de destination, l’Europe a également participé à cet effort de formation académique. Et les universités suisses étaient et restent de la partie. Ce défi est toujours présent, avec en moyenne moins de 10% du corps professoral latino-américain possédant un doctorat. Cela nous amène d’ailleurs très directement au deuxième défi qui est celui des capacités de recherche des universités latino-américaines. Faire de la recherche, avec toutes les nuances possibles selon les disciplines et les objets d’étude, coûte, et cet investissement est toujours plus onéreux. Il implique donc que les budgets nationaux dédiés à la science et à l’innovation soient à la hauteur de ce challenge. Or il s’avère qu’à l’exception du Brésil (avec de grandes incertitudes liées à la crise économique et politique actuelle), rares sont les pays latino-américains en mesure d’investir à la hauteur des recommandations de l’OCDE. Et moins on investit dans la science, et moins on est à la pointe de l’innovation et en situation de leadership au plan économique. Ceci explique, en partie, pourquoi, depuis une vingtaine d’année, aux dépenses en formation se sont adjoints, par différentes voies, des investissements visant la promotion de la recherche. Et nous nous trouvons aujourd’hui à ce moment charnière : les compétences de nombreuses universités en Amérique latine en recherche et en formation de haut niveau sont reconnues dans le pays, sur le continent et au-delà. C’est le fruit des projets de coopération interuniversitaire. Et les universités suisses y participent. Et cela dans un esprit win win (gagnant gagnant). De nombreux sujets d’étude nécessitent un décentrement vers l’Amérique latine (et cela peut aller de l’anthropologie aux études spatiales, en passant par la climatologie). Et au-delà de ces spécificités, le niveau des chercheurs latino-américains font que les projets actuels sont conçus entre pairs, et les ressources financières acquises pour les mettre en oeuvre permettent aux laboratoires en Amérique latine de moderniser leurs équipements, et aux jeunes chercheurs latino-américains et suisses de renforcer leurs compétences et leur formation dans le cadre de mobilités allant dans les deux directions.

6 pays d’Amérique latine ont été mis en exergue par le SEFRI (Secrétariat d’Etat suisse à la Formation, Recherche et Innovation) : le Brésil avec lequel un accord-cadre de coopération scientifique existe depuis 8 années, l’Argentine, avec lequel un tel accord a été signé en 2015, le Mexique, le Chili, la Colombie et le Pérou, avec lesquels les liens devraient se resserrer au cours des années à venir.
Je rentre précisément d’une voyage dans l’un d’entre eux, la Colombie, avec selon moi deux bonnes nouvelles. A la Universidad del Valle, à Cali, le coordinateur de la convention entre cette université et l’EPFL, est actuellement un professeur d’origine suisse, établi en Colombie. Il m’informe qu’il y a désormais plus d’étudiants suisses venant faire un séjour de recherche à Univalle que de jeunes Colombiens se rendant à l’EPFL, preuve de l’attractivité de cette université colombienne. A l’université EAN, à Bogota, je suis invité à donner des cours et superviser des étudiants de leur récente école doctorale. A la base de cette invitation, une professeure en environnement, ayant fait son doctorat à l’EPFL puis ayant travaillé dans le secteur privé aux Etats-Unis. Les compétences acquises en Suisse et parfaites aux USA, servent aujourd’hui à une formation de haut niveau en Colombie.

Les choses changent ... et dans la coopération scientifique entre la Suisse et les universités d’Amérique latine, elles vont dans la bonne direction. Encore faut-il espérer que les autorités politiques, en Suisse comme en Amérique latine, mettent les moyens nécessaires pour dynamiser et renforcer ces compétences, tant individuelles qu’institutionnelles.

 

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El Prof. Jean-Claude Bolay, abriendo el debate como moderador del III Pódium

 

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