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CINE Abracadabra (Pablo Berger, España)

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Abracadabra, Pablo Berger (España)

— Sale en cartelera en Romandie 02.05.2018.

sorteos en PuntoLatino para la Suisse Romande: 3x2 

 

Abracadabra, réalisation Pablo Berger

Avec Maribel Verdú, Antonio de la Torre, José Mota
ES, FR 2017 – 96 minutes – Sortie cinéma 02.05.2018
Carlos est un Madrilène, fan de foot et parfait macho qui ne prête plus guère attention à son épouse Carmen. Tout change quand lors d’un mariage il se prête comme cobaye à une séance d’hypnose : il se métamorphose en mari idéal, tendre et attentionné… Carmen ne pouvait pas se l’imaginer, elle est conquise, mais très vite, assaillie d’un doute : est-elle en droit de profiter de cette parenthèse inattendue, aux côtés d'un mari qui n'est plus vraiment lui-même ? Après « Blancanieves » Pablo Berger surprend avec une fable moderne pleine d’émotion, d’humour et de surprises.

 

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Carmen
Elle est femme au foyer par obligation. Obligée par son mari, Carlos, qui ne veut pas qu’elle travaille en dehors de la maison, bien qu’à leur rencontre – plus de vingt-cinq ans auparavant – elle était technicienne dans un salon de coiffure. Depuis plusieurs années, Carmen est devenue invisible pour lui, il ne remarquerait même pas si elle se faisait refaire le nez ou si elle colorait ses cheveux en bleu. Elle aime danser, mais elle ne souvient pas à quand remonte la dernière fois. Sa fille Toñi est sa seule source de joie, mais l’adolescente en pleine phase de rébellion ne lui prête pas beaucoup d’attention. Carmen est une femme formidable, mais elle déprime et ne le sait même pas. Elle vit avec sa famille dans les quartiers sud de Madrid, dans un des gratte-ciels aux mille fenêtres et aux mille histoires.

 

Carlos
Il ne se considère pas espagnol, mais supporter du Real Madrid. C’est un homme jaloux, bien qu’il ne prête pas attention à «sa Carmen ». Sa faiblesse est sa fille Toñi. Elle le sait, et obtient de lui tout ce qu’elle veut. Carlos travaille dans le bâtiment depuis des années, occupant tour à tour tous les postes. Aujourd’hui il est grutier. Il aime son travail car il lui permet d’être assis toute la journée, sans avoir à bouger... Il a une haine viscérale pour Pepe, le cousin de Carmen.

 

Pepe
Bien qu’il approche de la cinquantaine, Pepe vit toujours chez ses parents. Il dort toujours dans le lit qu’il partageait avec son frère avant que celui-ci ne s’en aille. Depuis sa plus tendre enfance, il est amoureux de sa cousine Carmen. Elle le sait. Tout comme son mari. Il a fait des études d’électronique, mais il travaille comme agent de sécurité dans un supermarché. Porter un uniforme lui donne l’impression d’être quelqu’un d’important. Mais ce qui lui plait le plus dans son travail, c’est de rapporter à la maison les yaourts périmés à la fin de la journée. Il a toujours été passionné par le mentalisme, à cinq ans il avait vu à la télévision Uri Geller plier une cuillère. Il garde d’ailleurs précieusement celle qu’il a lui-même plié un jour.

 

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PABLO BERGER (SCÉNARISTE, RÉALISATEUR)
Pablo Berger a commencé la réalisation avec le court-métrage «Mama» (1998). Après plusieurs récompenses, il reçoit une bourse du gouvernement basque pour partir étudier à l’Université de New York. Pendant ses études, il réalise le court-métrage « Truth and Beauty ». Il a enseigné le cinéma à Cambridge, Princeton, Yale, La Sorbonne et la Fémis. Il a également été lecteur pour la New York Film Academy.Son premier long-métrage de fiction, «Torremolinos 73» est présenté au Festival du Film de Magala en 2003 et reçoit les prix de Meilleur Acteur, Meilleur Film, Meilleur Réalisateur et Meilleure Actrice. Énorme succès public au box-office espagnol, le film est également nominé par l’Académie des Goyas dans les catégories Meilleur Scénario, Meilleur Premier Film, Meilleur Acteur, Meilleure Actrice. Mais c’est en 2012 avec « Blancanieves » que Pablo Berger est véritablement reconnu en tant que réalisateur majeur du cinéma européen contemporain. Le film est présenté au Festival de San Sebastian et reçoit le prix de la Meilleure Actrice ainsi que le Prix Spécial du Jury. Il remporte 10 Goya en 2013, représente l’Espagne aux Oscars et est nominé aux Césars du Meilleur Film Etranger. Chacun de ses films sont distribués mondialement et sont diffusés en avant-première dans des festivals prestigieux. Pablo Berger est fait Chevalier des Arts et des Lettres par le gouvernement français en 2015.

  

 

Entretien avec Pablo Berger

— Considérez-vous «Abracadabra» comme votre film le plus extrême?

— Tous mes films le sont, depuis le court-métrage « Mama ». Je traite chaque projet comme si c’était mon dernier film: à chaque fois, je mets sur le grill toute la barbaque ainsi que mes obsessions. Au début, le clavier devient pour moi une sorte de planche de Ouija, je me laisse porter, et je déverse mes démons et images en vrac, dans tout leur chaos. C’est pour cela que mes films sortent des sentiers battus. Après, à partir de ce point de départ excentrique, ce qui m’intéresse est le récit. C’est pourquoi je donne à tous mes films la forme de fables. «Abracadabra » en est une, une fable moderne.


— Il est malgré tout très différent du précédent. Du film muet en noir et blanc qu’était « Blancanieves », vous passez d’un coup à une œuvre aux couleurs saturées, extrême dans son humour, fondée sur l’absurde.
— Même si ce sont deux films très distincts, «Abracadabra » et «Blancanieves» se ressemblent, car ils contiennent les mêmes ingrédients qui constituent la base de mes films: l’émotion, l’humour et la surprise. Je crois que mes projets sont tous frères, et le fait qu’ils soient extrêmes ne m’a pas facilité la vie pour les mettre sur pied, mais par chance, dans le cas de «Abracadabra», le succès de mes films précédents a aidé à ce que les producteurs croient en cette folie. Je n’essaie pas d’être un réalisateur culte ou d’aller à contre-courant par provocation, c’est même tout l’inverse: mon cinéma est ouvert, il raconte des choses et il est comme un plat de lasagnes où tout spectateur, du cinéphile à la femme au foyer, peut piocher les couches qu’il veut et passer un bon moment. Je crois en un cinéma qui n’exclut pas le spectateur.

 

— Que pensez-vous de l’hypnose et de l’illusionnisme ?
— Quand j’étais petit, je voulais imiter le docteur Fu Manchu, ce génie du mal, afin d’hypnotiser mon frère. Mais malgré toutes mes tentatives, je n’y suis jamais parvenu. Qui n’a pas rêvé d’avoir quelqu’un sous son emprise, surtout quand il s’agit de son lourdaud de frère ? C’est peut-être une des raisons pour lesquelles je suis devenu réalisateur. Au moyen de mes films, je peux captiver le spectateur, l’hypnotiser, afin qu’il entre dans une transe cinématographique. Je ne veux pas que le spectateur voie le film, je veux qu’il le vive. L’illusionnisme et le cinéma sont liés depuis l’origine des temps. George Méliès, et plus tard Orson Welles, étaient de grands magiciens qui ont surpris leur public d’abord grâce à leurs tours puis avec leurs films. L’hypnose et l’illusionnisme ont également servi d’argument dans de nombreux films. J’ai un penchant particulier pour les films de Woody Allen, et nombre de ses films utilisent l’hypnose et l’illusionnisme comme déclencheur de ses histoires. Dans mon film, l’hypnose est le MacGuffin de mon récit. C’est un prétexte pour élaborer une histoire dans laquelle des gens ordinaires vivent des expériences extraordinaires.


— Vous retrouvez dans « Abracadabra » Maribel Verdú, qui jouait déjà dans « Blancanieves ».
— Maribel est avant tout une amie et une complice. Nous avons la même approche du cinéma : nous aimons nous amuser et surprendre. Bien qu’elle joue depuis l’âge de douze ans et qu’elle ait à son actif une très vaste filmographie, chaque fois qu’elle arrive sur le plateau, elle veut passer un bon moment et relever des défis. Quand je lui ai donné ce scénario, elle l’a lu tout de suite et m’a dit qu’elle s’en remettait à moi: «Mettons-nous à jouer et faisons cette folie !», m’a-t-elle dit. Sur la base de cette complicité et cette confiance totale, nous avons sauté dans un précipice. Maribel est une actrice d’excellence : elle évolue parfaitement du drame à la comédie. Et j’aime le fait que ce soit à travers son regard qu’elle s’exprime car dans mes films, il n’y a pas de longs dialogues, et puis toutes les réactions qu’on lit sur son visage m’enchantent.

— C’est un peu une diva du cinéma classique : son visage a cette expressivité propre aux temps du cinéma muet, à l’époque de Gloria Swanson ou Lilian Gish par exemple.
— C’est certain. Maribel est une étoile : si elle entrait ici maintenant, tout le monde se retournerait pour la regarder. Elle a une telle aura que c’est comme si elle était tout le temps et partout dans la lumière d’un projecteur. J’ai vécu cela, vraiment, quand je l’ai rencontrée il y a dix ans : au moment où elle a passé la porte, le temps s’est arrêté, elle s’est approchée, elle a souri et ce fut le coup de foudre, et ça continue encore aujourd’hui. Elle a quelque chose qu’on ne peut pas expliquer et que la caméra capte.

 

— Comment ont surgi les autres noms ?
— J’adore le moment du choix des acteurs, que je fais toujours “main dans la main” avec ma directrice de casting, Rosa Estévez. On adore s’amuser à créer des couples entre le personnage et l’acteur idéal. Pour le choix d’Antonio de la Torre, tout convergeait vers lui. Maribel avait été sa partenaire dans «Felices 140» et elle insistait pour qu’il soit son mari. Et il en fut ainsi. Je me souviens de sa première apparition dans un film, c’était dans « Ne dis rien », où il avait un petit rôle. Déjà à l’époque, il crevait l’écran, on ne voyait que lui. Depuis, il a été nominé neuf fois aux Goya et en a remporté un. Tout est dit. Qui ne connaît pas José Mota en Espagne ? Mais je dois reconnaître que celle qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est ma fille de treize ans. Elle me répétait sans cesse que je devais absolument le prendre dans un de mes films. Et moi, je faisais la sourde oreille... Mais un jour, je l’ai vu dans un de ses sketchs à la télé où il s’imitait, où il jouait son propre rôle. Sans se grimer, ni se déguiser. Je l’ai trouvé tellement drôle et plein de vérité... C’est un mélange de Buster Keaton et de Peter Sellers, à la sauce espagnole. Il va en étonner plus d’un dans le film.


— « Abracadabra » est aussi le portrait de Madrid par un basque...
— J’ai toujours rêvé de faire un film avec Madrid parmi ses personnages. «Abracadabra » est une lettre d’amour à cette ville si différente de Bilbao qui me fascine : c’est une capitale ancrée dans le passé mais qui regarde vers l’avant, une ville où cohabitent, à Malasaña, bocadillos aux calamars et cupcakes, ou, dans le quartier de Tetuán, gratte-ciel et voisines en chaussons et robe de chambre. À Madrid, les choses les plus inattendues peuvent arriver. Cette ville m’inspire toujours des histoires : je l’aime et je la hais. C’est de tout cela qu’est née la Madrid de mon film: la ville n’est pas présentée de manière réaliste ou documentariste, mais de manière stylisée, passée à travers mon filtre. “J’ai assisté à ma première séance d’hypnose dans un petit club il y a plus de trente ans. J’étais avec un ami complétement sceptique mais qui s’est porté volontaire, à ma grande surprise, et encore plus à la sienne, il fut instantanément hypnotisé. Depuis ce jour, «I’m a believer », comme dans la chanson des Monkees.”

 

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