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CINE Los perros (M. Said, Chile)

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| CINE | CHILE | CH-D |

Los Perros, Marcela Said, CHILE

— Start am 12. Juli 2018, CH-D

— 3x2 Verlosung PuntoLatino / 3x2 sorteos en PuntoLatino

Mariana ist forsch, eigensinnig, lebenslustig. Doch wirklich zufrieden ist sie nicht. Ihr Vater ist es gewohnt, dass alle nach seiner Pfeife tanzen, und das erwartet er auch von seiner Tochter. Ihr Ehemann hat wenig übrig für Gefühle und drängt Mariana dazu, ein Kind zu bekommen. Ob sie überhaupt Mutter werden möchte, scheint niemanden aus ihrer chilenischen High-Society-Familie zu interessieren. Da trifft Mariana beim Reitunterricht auf den um einiges älteren Juan. Die Chemie zwischen den beiden stimmt sofort. Bald mehren sich die Anzeichen, dass Juan in dunkelste politische Machenschaften verstrickt war. Wird das, was er in ferner Vergangenheit getan haben mag, Marianas Gefühle für ihn beeinflussen? 

«Los perros» taucht ein in die chilenische Bourgeoisie, die ihre unrühmliche politische Vergangenheit ohne mit der Wimper zu zucken unter den Teppich kehrt. Dabei ist der Spielfilm von Marcela Said weit entfernt von einfachen Gut-und-Böse-Schemen. Die chilenische Regisseurin erzählt eine subtile Geschichte über eine Frau, die sich zu befreien versucht und dabei ihren ganz eigenen Weg geht. Ihr Film ist intelligent, packend gespielt und fesselt mit eindringlichen Bildern – kraftvolles Kino aus Lateinamerika.

 

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Mariana, une quadragénaire issue de la haute bourgeoisie chilienne, est enfermée dans le rôle que son père, puis son mari, ont toujours défini pour elle. Elle éprouve une étrange attirance pour Juan, son professeur d’équitation de 60 ans, ex-colonel suspecté d’exactions pendant la dictature. Mais cette liaison réprouvée ébranle les murs invisibles qui protègent sa famille du passé.

Jusqu’où Mariana, curieuse, insolente et imprévisible sera-t-elle capable d’aller ? 

 

Entretient avec Marcela Said 

— Ce n’est pas le premier de vos films qui évoque la dictature chilienne. Diriez-vous que c’est un sujet comme un autre ou une obsession?
— Ce n’est pas forcément une obsession mais comme j’ai grandi pendant la dictature de Pinochet, dans une ambiance très militarisée, cela fait partie de mon histoire. A 13 ans, quelqu’un m’a expliqué ce qu’était une démocratie, c’est à ce moment-là que j’ai compris que le Chili n’en était pas une… Même si je ne suis pas une victime directe de la dictature, cela ne peut pas être un sujet comme un autre pour moi.

 

— Votre obsession - et cela se ressent dans la plupart de vos films - ce serait plutôt le mal, avec un grand M…
— Oui, mais le mal au sens large. Ce ne sont pas forcément les “bourreaux” de la dictature qui m’intéressent, c’est le mal ordinaire. Le bourreau finalement, cela peut être moi, vous, vos proches… Un jour sous la contrainte, on peut nous obliger au pire. Il faut avoir conscience qu’un monstre vit en chacun de nous. Tant que nous n’aurons pas compris ça, nous serons en danger. C’est de cette façon que naît le fascisme.

 

— Vous aviez découvert, à l’écriture de votre première fiction, qu’il fallait forcément mettre de soi dans un personnage pour le rendre plus humain. Mariana, c’est vous?
— Oui et non. Nous avons des points communs, bien sûr. Comme moi, Mariana est très curieuse. Curieuse de la nature humaine et de ses limites. Jusqu’où l’homme est-il capable d’aller ? C’est le genre de question que je me pose. Mais elle, en prime, elle est insolente, intrigante, imprévisible. On ne sait jamais ce qu’elle va faire. C’est ce que j’aime au cinéma: l’imprévisible.

 

— On sent chez vous, comme chez Mariana, un mélange d’attirance et de répulsion pour ceux que l’on qualifie de bourreaux…
— C’est vrai. Parce que rien n’est ni tout noir ni tout blanc. Mariana n’est pas juste une bourgeoise qui veut s’émanciper, cela ne m’aurait pas intéressée. C’est un personnage complexe. Et ce qui se passe autour d’elle l’est plus encore. Le colonel, considéré comme un bourreau, est capable du meilleur envers elle, alors que le propre père de Mariana est capable du pire.

 

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— Cette différence se ressent jusque dans les deux scènes d’amour du film. Là où le Colonel cherche à donner du plaisir à Mariana, le policier qui le condamne, lui, la brusque et ne pense qu’à sa propre jouissance…
— Tout à fait. Le policier profite de la situation alors que le Colonel est dans la générosité. Celui qu’on considère comme un bourreau lui fait du bien. Celui qui représente la loi abuse d’elle. Ce qui m’intéressait aussi, avec ce film, c’est de mettre en lumière la responsabilité civile. Certains militaires ont fait le sale boulot, ils étaient des pions.
Il faut qu’ils payent bien sûr, mais tous les autres aussi. Si la terreur a pu exister dans
mon pays, c’était pour instaurer un système économique néo-libéral. Les Etats-Unis sont responsables, tout comme la bourgeoisie chilienne, qui s’est enrichie sous Pinochet, et qui est aujourd’hui dégagée de toutes fautes.

 

— Comme dans votre précédente fiction, L’été des poissons volants, le rapport père-fille est très présent dans Los Perros. Une autre de vos obsessions?
— (Rires) Je ne m’en suis aperçue qu’après coup. Je ne le fais pas exprès. J’ai peut-être envie ou besoin, inconsciemment, de “tuer le père” ! Le mien a un caractère très fort, dominant, et il a soutenu la dictature... Dans le sens où il pensait que Pinochet était bon pour le pays, comme beaucoup de chiliens d’ailleurs… Plus jeune, cela m’a beaucoup choqué. Mais c’est une histoire complexe, et ce n’est pas notre sujet!

 

— D’ailleurs, comme le père dans L’été des poissons volants, celui de Los Perros se croit au-dessus des lois…
— C’est une partie de la classe politique chilienne. Le personnage du père de Mariana est inspiré de mon propre père, vous l’aurez compris, mais aussi de celui d’une amie et d’autres personnages existants. C’est un archétype. Il représente le pouvoir. Toute cette classe politique de droite qui se sent au-dessus des lois, ces bourgeois qui ont fait fortune sous Pinochet et restent impunis... Mais en même temps - et j’aime bien cette contradiction - il adore sa fille, qu’il a sans doute élevé seul après avoir été abandonné par sa femme. Il y a, encore une fois, le pire et le meilleur en chacun de nous. Pour la petite histoire, l’acteur formidable qui joue le père a 85 ans. Comme le mien.

 

— Antonia Zegers, que l’on a vue dans plusieurs films de Pablo Larrain, est étonnante dans ce rôle. Comment l’avez-vous choisie?
— J’ai casté plusieurs comédiennes, mais quand j’ai rencontré Antonia, j’ai aimé son énergie. Elle a beaucoup de caractère. Cela m’intéressait, mais je me suis dit que ça n’allait pas être facile tous les jours! Comme elle est aussi très généreuse, tout s’est bien passé.
 Comme avec Alfredo Castro d’ailleurs, qui joue le Colonel ou Elvis Fuentes (le policier), un acteur que j’ai découvert au théâtre et qui n’avait jamais fait de cinéma. J’ai eu une chance énorme d’avoir de si bons comédiens, si investis. Ils étaient mes “complices” en quelque sorte. Sachant que le film est politiquement incorrect pour le Chili, il me fallait du soutien.

 

— Qui sont ces “chiens” du titre Los Perros?
— C’est un ensemble de choses. Ce sont les vrais chiens du film déjà, ceux de Mariana, mais aussi les hommes qui l’entourent. Son père, son mari, le policier… Ils sont tous très macho. Et elle a beau dire “Je ne veux plus recevoir d’ordre”, elle subit malgré tout cette violence machiste. Los Perros évoque aussi les militaires qui ont été “utilisés” comme des chiens pour faire le sale boulot pendant la dictature. Il y a également cette expression que la bourgeoisie chilienne employait afin de définir les “gens d’en bas”, ceux qui n’étaient pas comme eux : “el perraje”, qui vient du mot perro, chien en espagnol. Et puis pour finir, au Chili, nous avons beaucoup de chiens errants...

 

— Le premier chien du film, celui que Mariana aime beaucoup, est d’ailleurs un bâtard, pas un chien de race...
— Oui, je l’ai choisi exprès. Alors que le deuxième, celui que lui offre son mari après la mort du premier, est un Dalmatien... Et cela ne plaît pas trop à Mariana d’ailleurs. Par ce biais, à priori anodin, je pouvais évoquer les classes sociales, très marquées au Chili. Il y a les bourgeois, les domestiques, les militaires qui n’appartiennent d’ailleurs pas à la bourgeoisie, les pauvres… Les gens ne se mélangent pas. Mariana, elle, préfère son chien bâtard et n’hésite pas à chanter des chansons populaires romantiques avec sa domestique.

 

— Vous aimez bien, apparemment, les métaphores animalières. En plus des chiens, il y a aussi cette comparaison avec les chevaux, qu’il faut dresser, comme les femmes. Ou le contraire...
— Oui, Mariana est comparée par un ami de son mari à une jument… Il lui dit : “Elle est drôlement sauvage ta jument. Faut la serrer sinon t’es mort”. C’est une autre thématique du film, peut-être même la principale: la place des femmes dans la société chilienne.
Vous voyez, je ne parle pas que de dictature ! Mon prochain film n’en parlera pas du tout d’ailleurs. Il sera question de violence envers les femmes et de sexualité.

 

— Considérez-vous Los Perros comme un film féministe?
Je ne sais pas si le film l’est, mais moi je me suis découverte féministe en tout cas!
Il faut savoir que je viens d’un pays où notre corps ne nous appartient pas. L’avortement est encore puni par la loi, une femme va en prison si on la surprend en train d’avorter. Nous sommes en 2017... Quand on vient d’une telle société, il est impossible de ne pas devenir féministe.

 

— Ce qui est intéressant avec le personnage de Mariana, c’est que ce n’est pas une héroïne. Elle a à la fin du film une bombe entre les mains, au sens figuré bien sûr, mais elle choisit de ne pas la faire exploser…
— Oui, alors qu’elle a de quoi faire tomber son père, et toute sa classe sociale, elle se range du côté des siens. Elle ne trahit pas, même si ça paraît immoral. Dès l’écriture du scénario - et je n’ai jamais changé de cap - mon film était construit sur cette donnée: je ne voulais pas d’une héroïne. Ce n’est pas un film hollywoodien. Je savais que cela risquait de déplaire. Mais je ne fais pas des films pour plaire. Je fais du cinéma pour faire réfléchir.

 

— Parlons de la musique, qui joue elle aussi un vrai rôle. Dans la toute première séquence du film, très mystérieuse, on se croirait chez David Lynch…
— Je voulais de la tension. Il fallait que la musique soit originale, étrange… Quand Grégoire Auger m’a fait écouter ces cordes, qui me rappelaient d’ailleurs un peu l’aboiement d’un chien, j’ai su que c’était ce qu’il fallait. La musique ne devait pas prendre toute la place mais il fallait qu’elle m’aide, qu’elle accompagne le récit. J’ai choisi de ne pas en avoir peur.

 

— La photographie aussi est très belle. La lumière semble entièrement naturelle…
Quasiment. Il y a très peu de lumières additionnelles, excepté parfois dans les scènes de nuit. La caméra, une Alexa, avec une très bonne définition, nous permettait de tourner même quand il faisait sombre. J’ai travaillé avec le directeur photo Georges Lechaptois, qui est lui aussi d’origine chilienne, mais c’était la première fois qu’il tournait là-bas! Il m’a beaucoup aidée. Nous avons choisi de tout tourner à l’épaule, pour suivre en quelque sorte la respiration de Mariana.

 

— Vous venez du documentaire. Vous avez mis dix ans avant d’écrire votre premier scénario de fiction. Aujourd’hui, peut-on dire que vous avez trouvé votre moyen d’expression idéal?
— Oui, j’adore la fiction. Même s’il est plus militant, le documentaire est plus contraignant finalement. Et pas forcément plus créatif. La fiction permet de raconter le monde aussi bien qu’un documentaire, et même d’aller “au-delà”. Je me sens plus libre. J’ai beaucoup moins peur qu’avant, je me sens à l’aise dans l’exercice de l’écriture, même si cela me prend du temps.

 

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